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Parcours & réflexions

Apprendre autrement : mon parcours entre entrepreneuriat, études et autodidaxie

Simon Marie

Mon parcours professionnel et académique n'a jamais suivi une ligne droite. Il s'est construit au fil d'expériences variées, de changements de direction, de reprises d'études et d'une curiosité qui ne m'a jamais quitté.

Des télécommunications au numérique, de la création d'entreprises aux études juridiques, j'ai exploré des domaines différents sans chercher à construire une carrière conventionnelle. Cette diversité suit pourtant un fil conducteur : l'autodidaxie a toujours occupé une place essentielle dans ma manière d'apprendre et de progresser.

Apprendre seul n'a jamais été pour moi une simple préférence ou une méthode parmi d'autres. C'est souvent la manière la plus naturelle, et parfois la seule, d'avancer dans un sujet qui m'intéresse.

Une relation difficile avec l'enseignement traditionnel

Je n'ai jamais été tout à fait en adéquation avec les systèmes scolaires et académiques traditionnels. Cela peut sembler paradoxal au regard des formations que j'ai suivies, mais vouloir acquérir des connaissances ne signifie pas toujours parvenir à s'adapter aux méthodes utilisées pour les transmettre. Les programmes imposés, les rythmes collectifs et certaines formes d'évaluation ne correspondaient pas toujours à ma manière de fonctionner.

J'ai besoin de comprendre pourquoi j'apprends quelque chose, à quoi cela peut servir et comment les connaissances s'articulent. Lorsqu'un sujet m'intéresse, je peux l'explorer longuement, consulter des sources différentes et comparer les approches, parfois bien au-delà du cadre initial. À l'inverse, suivre une progression uniquement parce qu'elle est inscrite au programme m'a souvent demandé davantage d'efforts.

Je ne remets pas en cause l'utilité des établissements d'enseignement ni la compétence des enseignants. Je constate simplement que le cadre dans lequel une connaissance est transmise ne convient pas à toutes les façons d'apprendre. J'ai donc cherché, assez tôt, à construire mes propres méthodes.

Apprendre en entreprenant

À la fin des années 1990, j'ai commencé ma carrière dans les télécommunications, notamment chez Belgacom France, où je travaillais sur le développement commercial, les études de marché et la veille stratégique. J'ai ensuite participé au développement d'activités dans ce secteur, avant de créer une solution informatique destinée à analyser et à optimiser les coûts des télécommunications. Ces expériences m'ont confronté à des questions auxquelles aucune formation ne m'avait entièrement préparé : comprendre un marché, développer un service, organiser une activité, résoudre des difficultés techniques et prendre des décisions économiques.

Au début des années 2000, je me suis intéressé aux services sur Internet et j'ai créé une structure spécialisée dans les projets web, à une période où les portails d'information et les services numériques se développaient rapidement. En parallèle, j'ai accompagné au Royaume-Uni des entreprises souhaitant s'y implanter. Cette activité m'a amené à travailler avec des entrepreneurs, des administrations, des établissements financiers et différents professionnels.

J'ai ensuite exercé au Luxembourg dans le conseil économique et l'accompagnement des entreprises. Ces activités étaient différentes, mais elles avaient un point commun : elles m'obligeaient à comprendre de nouveaux environnements, à identifier les règles applicables et à trouver des réponses à des problèmes concrets. C'est dans ces situations que j'ai le plus développé ma capacité à apprendre de façon autonome.

Des études menées à différentes étapes de ma vie

Mon parcours académique a évolué avec mes centres d'intérêt. Après un BTS en commerce international, j'ai poursuivi avec un diplôme européen d'enseignement supérieur en marketing international à l'ISEG. À l'Université du Littoral Côte d'Opale, j'ai ensuite obtenu une licence en sciences économiques, mention Analyse et politique économiques, puis un master en sciences économiques et gestion, mention Management et économie appliquée.

J'ai ensuite obtenu deux masters reconnus dans leurs pays d'origine : un MBA au Royaume-Uni et un LL.M. en études juridiques internationales dans un pays d'Asie. Leur niveau a aussi été évalué par des organismes officiels relevant des autorités publiques. Au Royaume-Uni, le service national UK ENIC, géré pour le compte du ministère de l'Éducation, a évalué le MBA comme comparable à un diplôme de niveau master. En France, le centre ENIC-NARIC de France Éducation International, établissement public rattaché au ministère de l'Éducation nationale, a délivré pour le LL.M. une attestation de comparabilité au niveau master. Au Luxembourg, le ministère compétent a inscrit ce diplôme au registre officiel des titres de formation au niveau 7, correspondant au niveau master.

Ces formations ont été suivies dans des contextes différents, en France et à l'international, avec une place importante accordée à l'enseignement à distance. Elles ne formaient pas un parcours planifié dès le départ : elles correspondaient aux connaissances que j'éprouvais le besoin d'acquérir à différentes périodes.

J'ai souvent abordé les études à partir de mon expérience professionnelle, plutôt que l'inverse. Une question rencontrée dans une activité pouvait éveiller mon intérêt pour une discipline ; une difficulté administrative m'amener à approfondir une règle juridique ; un projet ouvrir de nouvelles interrogations sur l'économie ou l'organisation des entreprises. La formation est ainsi devenue un moyen de structurer et d'approfondir des connaissances, plutôt qu'une succession d'étapes définies à l'avance.

Les diplômes ne racontent pas toute l'histoire

Je ne minimise pas l'importance des diplômes : ils représentent un travail, attestent de connaissances et peuvent contribuer à la reconnaissance d'un parcours. Mais ils n'en racontent qu'une partie. Une grande part de ce que j'ai appris vient aussi de recherches personnelles, d'expériences professionnelles, de lectures, de projets et parfois d'erreurs.

Il m'est arrivé d'approfondir un domaine sans chercher immédiatement une certification, comme de suivre une formation pour structurer des connaissances déjà acquises de manière indépendante. Je n'oppose donc pas apprentissage autonome et enseignement institutionnel : ils peuvent se compléter. Un diplôme reconnaît un niveau de formation, mais ne mesure pas à lui seul la curiosité, les détours et les efforts qui ont conduit à l'obtenir.

L'autodidaxie, une nécessité plus qu'un choix

Avec le recul, l'autodidaxie me paraît être l'un des éléments les plus constants de ma vie. Je pars souvent d'un problème ou d'une question, puis j'élargis mes recherches pour en comprendre le contexte et les mécanismes. Cette démarche m'amène parfois à passer d'un sujet à un autre, à rapprocher plusieurs disciplines ou à revenir sur une question longtemps après l'avoir découverte.

Cette manière d'apprendre a aussi ses limites. La curiosité peut conduire à la dispersion, et la multiplication des centres d'intérêt rend parfois la spécialisation plus difficile. Apprendre seul exige de reconnaître ses lacunes, de vérifier ses sources et d'accepter la contradiction.

Je ne prétends pas que l'autodidaxie soit supérieure à l'enseignement traditionnel. Je constate simplement qu'elle a toujours été, pour moi, la manière la plus naturelle et souvent la plus indispensable d'accéder aux connaissances. Je n'ai pas besoin qu'un sujet figure dans un programme scolaire ou universitaire pour considérer qu'il mérite d'être étudié ; c'est cette liberté qui m'a permis de garder un intérêt constant pour l'apprentissage.

Un parcours transversal, loin des itinéraires classiques

Aujourd'hui, mes centres d'intérêt se situent à la rencontre de l'organisation, du numérique, des données et des environnements réglementaires. Ces domaines peuvent sembler éloignés de mes premières activités, mais je les vois plutôt comme des prolongements que comme des ruptures. Une entreprise évolue à la fois dans un environnement économique, juridique, technologique, administratif et humain ; comprendre une situation suppose souvent de dépasser les limites d'une seule discipline.

Je sais qu'un parcours comme le mien peut être difficile à résumer. Les trajectoires professionnelles sont souvent décrites comme une progression continue vers une spécialité, alors que la mienne a connu des bifurcations, des projets différents et des activités qui se sont terminées ou transformées. Je ne cherche pas à reconstruire artificiellement une continuité qui n'a pas toujours existé.

Certaines décisions correspondaient à des occasions, d'autres à des nécessités ou à l'envie d'explorer un nouvel environnement. Tout n'a pas été une réussite et toutes les expériences n'ont pas produit les résultats espérés. Elles ont néanmoins façonné ma manière de réfléchir, d'analyser les situations et d'aborder les problèmes. Avec le temps, j'ai appris à voir cette diversité comme une caractéristique de mon parcours plutôt que comme un écart par rapport à une trajectoire idéale.

Continuer à apprendre, sans chercher à tout maîtriser

Je poursuis mes recherches et mes apprentissages à travers des projets, des lectures, des formations et des expérimentations. Je ne cherche pas à devenir spécialiste de tous les sujets qui m'intéressent. Je veux surtout comprendre suffisamment une situation pour l'analyser avec discernement, repérer les questions importantes et savoir quand une compétence spécialisée est nécessaire.

Mon intérêt pour l'autodidaxie s'est enrichi avec l'expérience. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles j'ai créé cette rubrique : partager des réflexions, des outils, des expériences et des découvertes, sans prétendre produire un discours académique ni énoncer des vérités définitives. J'espère transmettre une partie de ce que j'ai appris, de ce que je continue à explorer et parfois des erreurs que je préfère éviter de reproduire.

Si je devais résumer mon parcours, je dirais que je n'ai jamais réussi à adapter ma manière d'apprendre aux systèmes traditionnels. J'ai donc progressivement construit mon propre chemin vers la connaissance et, à près de cinquante ans, je continue à le suivre.